"La Napoule"

Suite d'un "cadavre exquis" qui se terminait ainsi : "Tu as connu Jules.. ?"

En effet j'ai bien connu Jules, il était retraité des mines, on ne le voyait pas souvent sauf dans son jardin à partir du printemps.
Il s'occupait de ses lapins ou discutait avec ses voisins, voilà résumé son univers.
Il était très casanier, mais son état de santé était précaire, très marqué par toutes ses années passées au fond de la mine.
Cette mine qui a tant marqué tous ceux qui l'ont fréquentée.
Son épouse, Germaine était plus affable, elle connaissait tous les gens du village, on la voyait fréquemment sur son vélo faire ses courses avec son panier.
Elle aimait parler participer, d'ailleurs elle était engagée dans une ou deux associations.
Un jour avec ses enfants elle était parvenue à décider Jules à quitter le village, pour aller passer une quinzaine de jours à la Napoule, vous savez, là où se trouve le centre de vacances pour les mineurs.
Il n'était pas enthousiaste à l'idée de quitter son clocher, prendre l'autobus avec des inconnus, dormir dans un autre lit que le sien, d'ailleurs il ne s'était jamais senti à l'aise avec des gens qui sortaient de son entourage immédiat.
Bref, la date fatidique arrivée, un beau matin ils partirent tous les deux. Elle toute pétillante à l'idée d'enfin prendre des vacances bien méritées, lui plutôt en pédalant en reculons.
Le séjour s'était bien passé, à leur retour, Jules avait complètement changé, telle une crêpe à la chandeleur, il en était tout retourné.
Maintenant il jouait au tiercé, au café il racontait ses vacances à qui voulait l'entendre, il avait, dans sa vie découvert la 8 ème merveille du monde, la 7ème étant son épouse. Il s'en voulait de n'être jamais parti en vacances.
Au bout du troisième séjour à la Napoule, il avait pris au grand dam de toute sa famille, la décision de vendre sa maison et sans autre forme de procès il avait acheté un appartement au " paradis sur terre ", comme il disait.
Mais il n'avait tenu aucun compte de l'avis de son épouse qui ne partageait pas tout à fait cette idée, peu enthousiaste au fait de perde toutes ses attaches.

Las de l'éblouissement des trois séjours, passés lors des vacances dans cette contrée au climat plus hospitalier, où le soleil paraît "scotché" dans un ciel d'azur, il fallait maintenant y rester.

Quelques temps plus tard, Germaine s'était retrouvée dans la situation de jules quand ils habitaient dans le nord.
Elle s'était complètement repliée sur elle-même, elle semblait s'être voûtée, écrasée par tant de changements. Elle si gaie, si pleine d'énergie était devenue dépressive. Jules voyant son épouse s'éteindre comme une bougie, ne quittait plus l'appartement tant désiré, il semblait déchanter.
Il avait beaucoup de fierté quand même et ne pouvait claironner qu'il s'était trompé, en agissant de la sorte. Il se sentait prisonnier entre sa décision sans appel de tout quitter et le déclin de l'état de santé de son épouse.
Pour finir, un jour lors d'un appel téléphonique de son fils inquiet de l'état de santé de sa mère, il en avait profité pour lui demander de lui trouver une maison pour qu'ils puissent remonter là où ils étaient nés, prétextant qu'elle ne s'y ferait jamais.

Une ou deux années plus tard, on pouvait les voir, Lui peut-être, mais pas si sûr, rêvant du soleil en s'occupant de son jardin, de ses lapins et discutant avec ses voisins, Elle toute pétillante faisant ses courses comme avant et retrouvant ses occupations dans ses associations.

En fait, c'est toujours plus beau ailleurs, l'instantané est souvent éblouissant surtout si en prime, le soleil baigne de ses rayons tout ce qui vous entoure. Mais ce soleil accroché au firmament n'arrive peut-être pas à tout effacer et ne suffit-il pas à réchauffer les cœurs.

Bernard
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